


PRAVDA, le 4 mai 2005
Lucien Ruimy peint l’origine de l’humanité
Ecrit par : Jana Opoldusova
Séduction, Indignés (en colère), Attente, Bonheur. Les dénominations(titres) utilisées par l’artiste donnent des ailes à la fantaisie. Dans les couches de couleurs, l’œil attentif découvrira beaucoup plus qu’une histoire résumée en un seul mot. « J’utilise la méthode qui ressemble à celle utilisée par les psychanalystes. Je propose une image et je demande aux autres ce qu’ils y voient. Comme des psychologues qui montrent une tâche et veulent savoir si vous y voyez un papillon », dit Lucien Ruimy . Un autre cycle, plus vaste, s’appelle Homomaelström. « Ce mot, je l’ai inventé moi-même. Homo veut dire Homme et maelström, c’est le tourbillon, le bouillon originel d’où surgissent les hommes. Mes figures (personnages) ont peut-être des bras un peu robustes, mais au fond, ce sont de petits bonhommes fragiles dont il faut bien s’occuper. Ils portent souvent des ornements en bois comme des tribus primitives que j’ai vues en Afrique. C’est quelque part par là qu’est née l’idée de raconter les origines de l’humanité à travers les images, » explique le peintre français.
Les personnages sur les tableaux Lucien Ruimy semblent être en attente. En attente d’un public connaisseur et amateur du vrai art. L’exposition restera installée dans la Galerie Z au Palais Zichy rue Venturska jusqu’au 22 mai.






Petite histoire que je me suis racontée en regardant la Farandole.
Tout à fait personnelle bien sûr, car c’est le spectateur qui décide…..
Les couleurs d’abord, les tons ocre et ce rouge primordial venu du magma des origines, situant cette scène dans une protohistoire où les démiurges forgeaient, modelaient dans l’argile l’humanité.
Mais ce n’est déjà plus l’âge d’or cher à Hésiode : Eve ou mieux Pandore sont passées par là. Il n’est plus question d’immortalité, l’humanité doit subir son sort. L’entropie fait son oeuvre.
Cette ronde symbolise le temps cyclique, l’éternel recommencement, mais en même temps la course linéaire vers l’abîme.
Les trois âges de l’homme y sont représentés : l’enfance, la maturité et la vieillesse. Sont-ils de métal ? On pourrait observer la lente dégradation, sorte de transmutation alchimique passage de l’or métal incorruptible vers l’argent puis l’airain, enfin le fer symbolisant un monde de décadence et de malheur : alors le temps fait son oeuvre, et les oxyde (présence de tons verdâtres et ocres). Mais ils sont plutôt de chair et appelés à la disparition.
Cette ronde ou farandole montre le mouvement de la vie vers la mort. Nul n’y échappe, et surtout pas le spectateur car cette ronde n’en est pas une, n’est pas fermée telle la ronde de Matisse. Ici le spectateur en fait partie, appelé lui-même à participer, à fermer cette ronde infernale, qui se poursuit hors-cadre comme nous l’invite à imaginer le personnage de gauche qui n’est pas en entier dans l’espace du tableau. Ce tableau n’est pas fermé sur lui-même, il déborde sur le monde.
L’enfant peut chercher à s’élever vers la maturité, imiter ses parents, il n’est pas encore conscient de son devenir. Les deux adultes, au centre, après s’être élevés (en lévitation comme pour échapper à leur condition, illusion d’une collusion avec une mystique) prennent conscience de leur avenir en contemplant la vieillesse. Leur désarroi se transforme en cri de détresse (la femme, dont le corps semble tordu de douleur, bien qu’en retrait par rapport à l’homme, est en avance dans cette prise de conscience : c’est bien naturel, c’est elle qui donne la vie, qui enfante, qui protège ce qui en fin de compte est appelé au même destin.)
Les deux vieux n’ont plus d’illusions et ont d’ailleurs bien les pieds sur terre (déjà en terre ?) Tout est poussière…… La vieille tombe déjà peut-être à la renverse. Seul le cadre du tableau la retient : faut-il y voir ici un des rôles de tout art : empêcher de tomber vers l’abîme ? Le personnage de droite, sorte de Janus, contemple son destin et peut-être son passé glorieux, la tête coupée symbolise la mort qui n’épargne pas même les puissants ( devine t-on une couronne de roi ?) C’est le seul personnage qui possède un regard, le seul à être lucide face à son destin et à l’accepter, le seul en équilibre, dans une attitude digne, attendant la faucheuse. Il semble bâillonné, la parole n’est plus de son ressort.
La Farandole est une danse du sud ou les participants se donnent la main : pas de main ici (sauf le vieux, mais ce sont des membres qui n’agissent pas, un bras tient la mort, l’autre n’est plus qu’un moignon…) Est-ce une annonce de la condition humaine ? Les prolétaires sont ceux qui n’ont que leurs mains pour vivre : ici pas même de mains, rien pour agir sur le destin, pas un espoir ?
Peut-être pas, car revenons au titre : face au destin, à la déchéance annoncée, ne reste-il pas que la danse, la fête, le divertissement, l’art ? La chaleur dionysiaque des carnavals, des farandoles semble une solution…. provisoire.
Amicalement,
Bruno Lemoult








