LUCIEN RUIMY

BRATISLAVA Avril 2005

PRAVDA, le 4 mai 2005

Lucien Ruimy peint l’origine de l’humanité
Ecrit par : Jana Opoldusova

Bratislava - Le rouge feu, le jaune brillant. Telles sont les couleurs utilisées par le peintre français Lucien Ruimy pour raconter l’histoire de son image appelée Farandole. C’est par cette expression magique que l’on a nommé une danse populaire provençale, sorte de course rythmée. Cinq silhouettes nues sur la toile s’agitent d’un air excité. Une des femmes tient dans la main une tête humaine couronnée. « Un de mes amis est resté longtemps devant cette image et le lendemain il m’a envoyé un texte qui décrivait ses sentiments que l’image lui a suscité. Tout ce qu’il a vu, lui dans la Farandole ne correspondait point avec l’histoire que j’avais moi-même realisée. J’ai voulu transposer sur cette image un moment rauque (rugueux) que j’ai vécu. Mais il se peut que mes sentiments que j’introduis dans le tableau ne soient pas aussi importants que les idées des visiteurs qu’il provoque. C’est une variation d’un triangle conjugal formé de - moi, l’image et le regard des autres, » a expliqué en souriant Lucien Ruimy. La Farandole est éblouissante et domine (par sa taille aussi) l’exposition composée de plus récentes créations de ce peintre français, présent au moment de son vernissage à la Galerie Z de Bratislava.

Séduction, Indignés (en colère), Attente, Bonheur. Les dénominations(titres) utilisées par l’artiste donnent des ailes à la fantaisie. Dans les couches de couleurs, l’œil attentif découvrira beaucoup plus qu’une histoire résumée en un seul mot. « J’utilise la méthode qui ressemble à celle utilisée par les psychanalystes. Je propose une image et je demande aux autres ce qu’ils y voient. Comme des psychologues qui montrent une tâche et veulent savoir si vous y voyez un papillon », dit Lucien Ruimy . Un autre cycle, plus vaste, s’appelle Homomaelström. « Ce mot, je l’ai inventé moi-même. Homo veut dire Homme et maelström, c’est le tourbillon, le bouillon originel d’où surgissent les hommes. Mes figures (personnages) ont peut-être des bras un peu robustes, mais au fond, ce sont de petits bonhommes fragiles dont il faut bien s’occuper. Ils portent souvent des ornements en bois comme des tribus primitives que j’ai vues en Afrique. C’est quelque part par là qu’est née l’idée de raconter les origines de l’humanité à travers les images, » explique le peintre français.

Les personnages sur les tableaux Lucien Ruimy semblent être en attente. En attente d’un public connaisseur et amateur du vrai art. L’exposition restera installée dans la Galerie Z au Palais Zichy rue Venturska jusqu’au 22 mai.

Conversation intime - 24 x 33 cm

Les impressions d'une amie après une visite d'atelier



J’ai beaucoup aimé ton travail, très puissant et simple à la fois. Ces corps qui sont à la recherche de l’autre, bras tendus, ils attendent pour créer le lien, ton lien ? Ils attendent mais ils ne sont jamais inactifs, toujours en mouvement, le regard vif, à l’affût de l’étincelle de vie. Ils y croient ! Il ne leur reste plus que l’essentiel : ils ont ôté tout le superflu le camouflage ils se mettent à nu … pour nous… devant nous.

Christine Coste

(Texte paru dans Artension n°11)

Comme certains personnages de Samuel Becket, ceux de Lucien Ruimy semblent aussi attendre… Ce qu’ils attendent est difficilement formulable. Ils sont à la fois affirmation physique de leur présence au monde et interrogation métaphysique sur cette même présence. Ils viennent de naître et sont là, antologiquement stupéfaits, en quête de sens, comme pouvaient se trouver les premiers êtres organisés à surgir du désordre de la matière ou à émerger miraculeusement du bouillon originel.

Ce bouillon en l’occurrence c’est le tourbillon de la pâte, c’est le maelström des pigments colorés dans lequel s’immerge l’artiste pour y capturer ses étranges silhouettes anthropomorphes. Il est alors ce démiurge qui donne vie à l’inerte et met de l’ordre dans le chaos. Les créatures Lucien Ruimy interrogent la peinture dont elles sont faites, mais aussi, au-delà de la corporéité ou de la matérialité sensuelle, c’est de l’humanité dont il est question, de ses origines, de son sens premier.

Le plaisir est ici celui des retrouvailles avec une matière primitive nourricière des sens et de l’esprit. Il est d’ordre pictural ou esthétique sans doute, mais son sujet immédiat est bien l’humain en attente d’un retour à sa pureté native.


Pierre Souchaud

La Bible de l'Art Singulier

Pour tous collectionneurs, amoureux de l’art singulier et des créateurs inclassables, professionnels et galeristes , il manquait un guide complet qui dresse le panorama actuel des artistes vivants.



Télécharger les pages consacrées à Lucien Ruimy dans La Bible de L’Art Singulier, ici

Exposition en Inde Ravishankar Raval Art Gallery Ahmedabad
du 14 au 23 décembre 2007

Petite histoire que je me suis racontée en regardant la Farandole.

Tout à fait personnelle bien sûr, car c’est le spectateur qui décide…..

Les couleurs d’abord, les tons ocre et ce rouge primordial venu du magma des origines, situant cette scène dans une protohistoire où les démiurges forgeaient, modelaient dans l’argile l’humanité.

Mais ce n’est déjà plus l’âge d’or cher à Hésiode : Eve ou mieux Pandore sont passées par là. Il n’est plus question d’immortalité, l’humanité doit subir son sort. L’entropie fait son oeuvre.

Cette ronde symbolise le temps cyclique, l’éternel recommencement, mais en même temps la course linéaire vers l’abîme.

Farandole - 180 x 180 cm

Les trois âges de l’homme y sont représentés : l’enfance, la maturité et la vieillesse. Sont-ils de métal ? On pourrait observer la lente dégradation, sorte de transmutation alchimique passage de l’or métal incorruptible vers l’argent puis l’airain, enfin le fer symbolisant un monde de décadence et de malheur : alors le temps fait son oeuvre, et les oxyde (présence de tons verdâtres et ocres). Mais ils sont plutôt de chair et appelés à la disparition.

Cette ronde ou farandole montre le mouvement de la vie vers la mort. Nul n’y échappe, et surtout pas le spectateur car cette ronde n’en est pas une, n’est pas fermée telle la ronde de Matisse. Ici le spectateur en fait partie, appelé lui-même à participer, à fermer cette ronde infernale, qui se poursuit hors-cadre comme nous l’invite à imaginer le personnage de gauche qui n’est pas en entier dans l’espace du tableau. Ce tableau n’est pas fermé sur lui-même, il déborde sur le monde.

L’enfant peut chercher à s’élever vers la maturité, imiter ses parents, il n’est pas encore conscient de son devenir. Les deux adultes, au centre, après s’être élevés (en lévitation comme pour échapper à leur condition, illusion d’une collusion avec une mystique) prennent conscience de leur avenir en contemplant la vieillesse. Leur désarroi se transforme en cri de détresse (la femme, dont le corps semble tordu de douleur, bien qu’en retrait par rapport à l’homme, est en avance dans cette prise de conscience : c’est bien naturel, c’est elle qui donne la vie, qui enfante, qui protège ce qui en fin de compte est appelé au même destin.)

Les deux vieux n’ont plus d’illusions et ont d’ailleurs bien les pieds sur terre (déjà en terre ?) Tout est poussière…… La vieille tombe déjà peut-être à la renverse. Seul le cadre du tableau la retient : faut-il y voir ici un des rôles de tout art : empêcher de tomber vers l’abîme ? Le personnage de droite, sorte de Janus, contemple son destin et peut-être son passé glorieux, la tête coupée symbolise la mort qui n’épargne pas même les puissants ( devine t-on une couronne de roi ?) C’est le seul personnage qui possède un regard, le seul à être lucide face à son destin et à l’accepter, le seul en équilibre, dans une attitude digne, attendant la faucheuse. Il semble bâillonné, la parole n’est plus de son ressort.

La Farandole est une danse du sud ou les participants se donnent la main : pas de main ici (sauf le vieux, mais ce sont des membres qui n’agissent pas, un bras tient la mort, l’autre n’est plus qu’un moignon…) Est-ce une annonce de la condition humaine ? Les prolétaires sont ceux qui n’ont que leurs mains pour vivre : ici pas même de mains, rien pour agir sur le destin, pas un espoir ?

Peut-être pas, car revenons au titre : face au destin, à la déchéance annoncée, ne reste-il pas que la danse, la fête, le divertissement, l’art ? La chaleur dionysiaque des carnavals, des farandoles semble une solution…. provisoire.

Amicalement,

Bruno Lemoult

Les cahiers de Recherches Afro-Américaines Transversalité ont choisi une oeuvre pour illustrer "POLAR NOIR" : reading African-American detective fiction.

VERNISSAGE HÔTEL DE VILLE DU MANS
Janvier 2006

LUCIEN RUIMY / OLIVIER DE CAYRON WASHINGTON Novembre 2005

EXPOSITION A TROYES

La galerie l'Arrivage est située dans le centre historique de la ville de Troyes :

La galerie reçoit à chaque arrivage 7 artistes pendant 7 semaines dans une ambiance des plus festive.

Une vue partielle des tableaux que j’y ai exposé :